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vendredi, 11 avril 2008

Conseil Municipal de Calais, 10 avril 2008

477217682.2.jpgOù est l'ouverture promise ? 

Voici l'intervention que j'ai faite au conseil municipal sur les "communications du maire 2 et 3" concernant l'antenne de jour pour les migrants. Ma proposition n'a pas été retenue et je n'ai pas eu de réponse claire quant à la mission exacte de ce "conseil des migrants" que compte mettre en place le nouveau maire de Calais:

"Madame le Maire, chers collègues, je suis très étonné par ces 2 délibérations (les communications du maire 2 et 3). D’abord parce qu’elles dénoncent bizarrement l’illégalité d’un projet qui n’a pourtant pas abouti et que ce projet s’était transformé en cours de route pour être destiné à un autre emplacement. Mais je suis surtout inquiet parce que ces 2 délibérations, dans leur aspect austèrement administratif, semblent signer l’arrêt du projet d’antenne de jour tout court. La question qui nous est posée ne peut pas se résumer au seul aspect matériel et juridique. Elle est éminemment politique et il s’agit d’un problème avant tout humanitaire. C’est quand même de misère humaine dont nous avons à parler et on ne peut pas esquiver le débat au détour de ces deux délibérations particulièrement abruptes et cyniques. Je ne m’attarderai pas trop sur la définition de cette antenne de jour qui est donnée dans la « communication du maire N°2 », tout à fait subjective et pour le moins tendancieuse, qui débaptise cette antenne de jour, je cite, en « structure d’accueil des migrants », avec l’idée évasive et sous-jacente qu’il s’agirait d’un Sangatte-bis. Ce que ne voulait d’ailleurs pas l’ancienne municipalité. Je crois que le choix des mots est important, surtout dans ce domaine. Or on a l’impression que cette délibération cherche à remettre en cause un choix qui n’a jamais été fait.

Votre idée de conseil des migrants peut être une bonne idée si elle débouche sur la nécessité de mettre en place une autre formule humanitaire, à un autre endroit, en tout cas si on émet réellement un projet alternatif à ce qui était prévu, en collaboration avec les associations. Et il aurait fallu que vous le signifiiez clairement dans les délibérations pour leur donner un peu plus d’humanité et pour répondre à une question que tout le monde se pose : « Le conseil des migrants que vous avez prévu aura-t-il pour mission de travailler à un projet humanitaire alternatif ? ». « Quand je veux enterrer un problème, je crée une commission » disait le légendaire Clemenceau, c’est un peu comme les fameux « comités Théodule » que dénonçait aussi plus tard le Général de Gaulle. Les commissions et les conseils de ceci ou de cela sont devenus dans l’inconscient républicain de grands cimetières pour fossoyeurs de bonnes idées. Ceci dit, je n’ai aucune raison de mettre en doute vos intentions réelles que je ne connais pas encore vraiment. Et c’est pourquoi, dans un esprit constructif, je vous propose de retravailler en ce sens ces 2 délibérations, d’en enlever tout ce qui est tendancieux et de rajouter, après la demande d’abrogation, la simple phrase suivante, je la cite donc comme proposition, Cependant, un conseil des migrants, composé d’associatifs, d’élus municipaux et de  représentants de l'État, sera mis en place et aura pour mission de travailler à un projet humanitaire alternatif.

Voilà, à mon avis, une formulation qui peut être consensuelle, ce que ne permet pas, je le dis sincèrement, la délibération en l'état. Je vous remercie, Madame le Maire, chers collègues, de votre attention."

Je suis aussi intervenu sur la décision du maire de ne plus accepter de motions. Je me suis dit déçu que la nouvelle municipalité "rejette de façon définitive toute initiative de solidarité internationale", en évoquant le Tibet qui a besoin de soutiens extérieurs. Je rappelle à ce sujet que lors des précédents mandats, nous avions été, les élus écologistes, à l’origine d’une motion de soutien au Conseil Municipal du 27 mars 2000, en demandant notamment la libération de deux prisonniers que nous avions parrainés et pour réclamer de façon plus générale la liberté pour le peuple tibétain.

Deux ans plus tard, en décidant d'exposer en permanence le drapeau tibétain à l’entrée de la mairie (j'espère qu'on ne le décrochera pas !), la municipalité de Calais s'était associée pleinement à la campagne européenne "Un drapeau pour un statut de pleine autonomie pour le Tibet". Cette action venait s'ajouter à la commémoration chaque année du soulèvement des Tibétains à Lhassa le 10 mars 1959. L'inauguration en mairie de Calais, à l'initiative de la municipalité, plus particulièrement du groupe écologiste, et en collaboration avec le Collectif Tibet-Calais qui coordonne l'opération localement, avait eu lieu le jeudi 7 mars 2002 en présence du maire de Calais, des élus écologistes et de notre regrettée amie, Véronique Desenclos.

Dans un courrier la semaine dernière au maire, j'avais proposé qu'on arbore aussi en extérieur, au fronton de l'hôtel de ville le drapeau tibétain jusqu'à la fin des JO de Pékin afin de manifester de façon éclatante le soutien des Calaisiens au peuple tibétain. Madame le Maire ne m'avait pas répondu alors. C'est triste, nous allons avoir une municipalité muette sur les Droits de l'Homme, et politiquement insipide. Il s'agit là d'une restriction inédite du droit à l'expression... qui offre néanmoins indirectement à l'opposition l'exclusivité du coeur et de la défense des Droits de l'Homme.

De façon générale, on regrettera aussi que l'opposition ne puisse être représentée à la Communauté d'Agglomération du Calaisis. Pourtant 1 membre de chaque groupe de l'opposition pour la CAC, ça ne faisait que 3 sur un total de 26 représentants calaisiens. Ca ne cassait pas trois pattes à un canard ! Il nous a été répondu qu'il n'y avait pas obligation de désigner des conseillers de l'opposition. Dont acte. L'ancienne majorité municipale n'avait pas fait autant de chichis et sans procédure aucune avait intégré deux membres de l'opposition d'alors, Christian Niéman... et Natacha Bouchart, tous deux désignés par l'ensemble des 49 élus du Conseil Municipal, majorité et opposition confondues. L'avenir proche nous dira si cette volonté d'ouverture affichée dans les discours est un leurre ou pas. En tout cas pour l'instant, le décalage entre l'effet d'annonce et la pratique est patent.

Jean-Marc Ben, conseiller municipal écologiste

 

13:26 Publié dans Tribunes | Lien permanent