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mercredi, 19 décembre 2007

Un clandestin a été parrainé hier en mairie

NORD LITTORAL, mercredi 19 décembre 2007

Les convictions avant la loi

Pour la deuxième fois à Calais, une cérémonie de parrainage républicain a été  organisé. Un jeune Afghan est épaulé par les élus Claude Vanzavelberg et Michelle Leheut de Lavallée.  

b59c03e6133bae59bc47d986ce7ed803.jpg  C'est un sentiment fort et indéfinissable. L'impression de se mettre hors-la-loi et d'agir en pleine légitimité. Une opinion que revendique Jean-Marc Ben : « Le maire est au service de l'État mais n'est pas l'exécuteur zélé d'une politique qu'il condamne. » C'est ainsi que l'adjoint a célébré hier une cérémonie de parrainage civil. « Elle n'a aucune valeur. Mais en même temps c'est un geste politique fort. » Salim Karimi a ainsi été placé sous la protection symbolique de l'adjoint Claude Vanzavelberg et de la conseillère municipale Michelle Leheut de Lavallée.

Un acte humaniste 

  Le jeune homme est Afghan et espère que sa présence sur le territoire français sera prochainement et durablement régularisée (lire ci-dessous), d'est la seconde fois qu'une telle cérémonie est organisée à Calais. « C'est l'expression de notre volonté commune de défendre un certain nombre de valeurs, un certain nombre d'idéaux, une certaine image de notre pays », approuve Jean-Marc Ben.

  L'idée de ces parrainages est simple. Sans parler d'abolition des frontières comme le font les Verts, il s'agit au minimum de montrer que des clandestins sont susceptibles de s'intégrer parfaitement et, à ce titre, peuvent au moins bénéficier d'une régularisation... « On n'a pas choisi (de naître dans un pays) où les droits inaliénables de chaque être humain sont bafoués », poursuit l'élu. Avant de rappeler la devise de la France. « Notre pays qui proclame les valeurs de notre république, "liberté, égalité, fraternité" a plus qu'un autre le devoir de traiter avec la même vigilante attention l'ensemble des jeunes hommes, des jeunes femmes et des enfants sur son  territoire »,  argumente Jean-Marc Ben. 

  Puis l'élu de mettre en avant les difficultés rencontrées pour la mise en place d'une antenne de jour au bois Dubrulle : « Nous ne sommes pas dans l'humanité lorsqu'à Calais les autorités préfectorales mettent tout en œuvre pour démolir avant qu'elle ne soit construite, une antenne de jour pour les migrants, un lieu décent qui puisse répondre aux besoins sanitaires les plus élémentaires. »

Zone constructible ou non 

  Le sous-préfet de Calais et le procureur de la République estiment en effet que la zone où doit s'implanter l'antenne de jour pour les migrants est répertoriée comme une zone naturelle et est donc inconstructible. « Pas du tout, répond Claude Vanzavelberg. La zone est constructible. » Un permis de construire devrait prochainement être déposé par la municipalité. L'antenne fera en outre l'objet d'une délibération au conseil municipal programmé vendredi. 

 A.TH

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Discours prononcé par Jean-Marc BEN, maire-adjoint écologiste de Calais

Mesdames, messieurs, chers amis,

Je suis très ému de célébrer ce parrainage. Je remercie Monsieur le Maire et notre municipalité de me permettre d’officier pour cette cérémonie inhabituelle qui est à mes yeux d’une extrême portée politique et symbolique. A travers Salim qui a déjà, dans sa jeune vie, enduré de terribles épreuves, c’est avant tout l’expression de notre volonté commune de défendre un certain nombre de valeurs, un certain nombre d’idéaux, une certaine image de notre pays.

Le maire est au service de l’Etat, et son rôle est aussi de faire que la loi s’applique sur notre territoire communal. Mais il n’est pas l’exécuteur zélé d’une politique qu’il condamne, et des clauses de conscience sont légitimes. Cette cérémonie entre autres, relève de notre révolte pacifique. Car nous ne sommes pas dans l’humanité lorsqu’à Calais les autorités préfectorales mettent tout en œuvre pour démolir avant qu’elle ne soit construite, une antenne de jour pour les migrants, un lieu décent qui puisse répondre aux besoins sanitaires les plus élémentaires. Nous ne sommes pas dans l’humanité quand on est obligé de continuer à se battre pour sortir d’un enfer qu’on n’a pas choisi, où les droits inaliénables de chaque être humain sont bafoués : droit de vivre en famille (et parfois avec leur nouvelle famille), droit de travailler, droit d’exister, tout simplement. Nous ne sommes pas dans l’humanité lorsque de drôles de mots restent encore usuels dans notre langue, alors qu’ils semblent déjà appartenir à une autre époque, beaucoup plus sombre : régularisation, sans-papiers, quota d’expulsions…

Notre pays qui proclame les trois valeurs de notre République, « Liberté, Egalité, Fraternité » a plus qu’un autre le devoir de traiter avec la même vigilante attention l’ensemble des jeunes hommes, des jeunes femmes et des enfants sur son territoire. Le maire doit à ce titre veiller à l’application et au respect des lois, mais il est avant tout un représentant de la République et donc le garant de la mise en œuvre, en toutes circonstances, des principes qui la fondent : Liberté, Egalité, Fraternité.

Salim, nous te plaçons solennellement sous notre protection républicaine. Tu vas être, dans quelques instants parrainé par l’esprit de nos libertés, et tu seras, à part entière, un enfant de notre commune.

Je vais demander aux parrain/marraine, Claude Vanzavelberg et Michelle Leheut De Lavallée, d’apposer leur signature au bas de ce document officiel,  par lequel ils s’engagent à agir pour ta régularisation., en respect des droits de l’homme et des principes de solidarité et de fraternité.

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Salim Karimi

« Je veux refaire ma vie en France »  

ae39dc3b05277ea5a33bd1a31a938201.jpgDans un français parfait, Salim Karimi a été parrainé hier par Claude Vanzavelberg et Michelle Leheut de Lavallée lors d'une cérémonie organisée à la mairie. Un geste qui n'a aucune valeur officielle. Sa seule portée est symbolique.

De quel pays êtes-vous originaire ?

Salim Karimi : « Je viens d'Afghanistan. Je suis Pachtoune. »

Quand êtes-vous arrivé en France ?

 « Je suis arrivé en France il y a onze mois. Immédiatement, je suis venu à Calais. »

Vous vouliez aller en Grande-Bretagne ?

« Non. J'ai quitté l'Afghanistan pour vivre en France. Je n'ai jamais voulu aller en Angleterre. Je voudrais rester en France et refaire ma vie ici. »

Pourquoi avez-vous quitté l'Afghanistan ?

« II y a trop de problèmes... C'est dangereux, surtout pour nous, les Pachtounes*. C'est pour ça que j'ai voulu venir en France : pour la sécurité. Maintenant, je veux aussi travailler. »

Actuellement vous apprenez le français au Greta.

« Oui. Ça fait six mois, vacances d'été comprises que j'apprends le français. J'apprends à le parler, à le lire et à l'écrire. Ce n'est pas facile mais ça m'intéresse. »

Où en est votre situation ?

« J'espère qu'elle sera bientôt régularisée et pour longtemps. C'est mon objectif mais c'est difficile même si je crois en la France. »

* Plusieurs ethnies cohabitent dans les diverses région de l'Afghanistan. Pendant longtemps, Hazaras et Pachtounes se sont partagés le pouvoir. Depuis la présence des Américains les données changent. Pachtounes et Hazaras ont tendance à être persécutés.

08:15 Publié dans Articles de presse | Lien permanent