Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 08 décembre 2007

Ecologie: ça bouge au Parti Communiste... national

Société - Article paru dans l'Humanité (8 novembre 2007)
Après le Grenelle, quelle révolution écologique ?

Par Alain Hayot, responsable de la commission environnement du PCF

Placé sous l’égide des rencontres de l’Humanité, le débat public du 12 novembre, à Grenoble, confrontera les points de vue de Marie-George Buffet, d’Alain Hayot, pour le PCF, de Paul Ariès, universitaire, et de responsables d’associations écologistes. Alain Hayot présente ici, en forme d’invitation à ce débat, une analyse des résultats du Grenelle.

Reconnaissons que le Grenelle de l’environnement, si les premières mesures annoncées sont suivies d’effet, peut permettre à la société française de franchir un cap et d’entamer un processus de rattrapage. Les ONG, les associations mais aussi les organisations syndicales et professionnelles, des parlementaires ont confronté des points de vue souvent convergents, parfois divergents dans les groupes de travail. Les propositions de ces groupes ont souvent rencontré les aspirations et les exigences exprimées par les Français dans de nombreux sondages. On peut regretter que les forces politiques en tant que telles aient été quelque peu tenues à l’écart de ce processus qui a mis directement en relation le pouvoir et la société civile au détriment du grand débat national et populaire que mérite un tel sujet. Faisons en sorte que la loi de programmation prévue pour début 2008 en soit l’occasion.

Sur le fond que penser des premiers résultats, en particulier des engagements du président de la République ?

Il promet une « révolution écologique » et ouvre des chantiers qui, même s’ils ne suivent pas totalement les recommandations des groupes de travail, vont exiger autant de combats nécessaires pour que des mesures concrètes et des moyens suffisants permettent des avancées réelles dans tous les domaines concernés par la crise écologique. L’enjeu majeur de la lutte contre le réchauffement climatique et pour le respect de la biodiversité ce sont les conditions de vie, d’habitat, de transports, de santé, d’accès à une alimentation et à des ressources naturelles saines, à une énergie propre et durable de nos concitoyens, en particulier des plus défavorisés d’entre eux. Désormais, le constat est partagé que la crise écologique, en mettant en cause la préservation de la planète, compromet gravement une dimension essentielle de l’histoire de l’humanité, le progrès.

Poussons le débat quand N. Sarkozy dénonce notre modèle de croissance sans le nommer : nous ne sommes pas confrontés à une sorte de fatalité mais au fait que le modèle de croissance dominant, le capitalisme, produit dans des conditions qui ne satisfont ni aux besoins sociaux ni aux exigences environnementales. Nous subissons un productivisme aveugle que nous avons, reconnaissons-le, longtemps accompagné en croyant défendre l’emploi. Mais aujourd’hui ce productivisme est totalement dépendant d’une globalisation financière permettant de détruire l’emploi à un endroit pour mieux exploiter une main-d’oeuvre moins chère ailleurs, dans des conditions de production moins contraignantes.

Ce système obéit prioritairement à des critères de rentabilité financière à court terme. Or les temps courts du profit sont incompatibles avec les temps longs des écosystèmes. C’est ainsi que, pour ne prendre que cet exemple, la déforestation en Amazonie, en Afrique ou en Asie du Sud-Est trouve son origine dans l’action de multinationales qui y substituent des monocultures intensives y compris pour produire des agrocarburants à l’usage des pays du Nord.

Examinons les premières propositions du Grenelle : oui il est positif de vouloir doubler les surfaces consacrées à l’agriculture biologique, de diminuer de moitié l’utilisation des pesticides et d’appliquer le principe de précaution aux OGM, mais soyons conscients qu’il faudra l’imposer aux grands semenciers et aux multinationales comme Monsanto ; oui il est positif de transférer au fret ferroviaire une bonne partie du transport de marchandises assuré par la route, mais cela va exiger de réorienter la politique de la SNCF qui veut fermer des centaines de gares de fret ou de ne pas céder aux lobbies des transporteurs routiers ; oui il est positif d’entamer la rénovation thermique du bâti ancien et construire aujourd’hui sur une base énergétique positive, mais peut-on le faire sans poser la question du « qui paie », sans cesser d’alimenter la spéculation immobilière et sans lier cette « révolution énergétique » à la résolution de l’intolérable crise actuelle du logement. Le « qui paie » pose la question d’une autre fiscalité à la fois plus efficace sur le plan environnemental et plus juste socialement, et aussi celle du financement à l’heure des menaces de privatisation qui pèsent sur la Caisse des dépôts alors qu’elle devrait devenir la banque publique du développement durable. Oui il faut d’urgence rattraper notre retard en matière de recherche et de production d’énergies renouvelables mais comment le faire quand on se prive de la maîtrise publique des choix industriels énergétiques et que l’on privatise les outils essentiels que sont nos services publics de l’énergie. Cela vaut aussi pour l’eau, les déchets, la biodiversité. Le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) le souligne dans un rapport : « Si l’on veut vraiment résoudre la crise écologique, il faut arrêter la privatisation généralisée des ressources et des services. »

Si le capitalisme est capable aujourd’hui de trouver dans l’écologie un champ nouveau de profits par exemple en dépolluant sans cesse ce qu’il a pollué, crise sociale et crise écologique forment un noeud que la logique libérale ne peut trancher, un noeud illustré par deux questions essentielles : celle de savoir au bénéfice de qui on veut résoudre la crise écologique subie aujourd’hui par les plus pauvres, celle de dépasser les formes politiques de domination et de gestion dans les territoires et les entreprises au profit d’une démocratie participative et citoyenne, question singulièrement absente du Grenelle.

Il ne suffit pas de définir une politique écologique en soi. Il faut promouvoir une politique écologique et sociale des transports, de l’habitat, de l’agriculture et de la biodiversité, de l’urbanisme et de l’aménagement, de la fiscalité au plan national comme européen et mondial. Pour la gauche, le Grenelle de l’environnement doit devenir un combat de rassemblement réunissant toutes ses composantes dans un dialogue permanent avec les associations écologistes.

Tout reste à faire pour permettre de déboucher réellement sur des mesures efficaces écologiquement et socialement. Le débat parlementaire doit être l’occasion d’y travailler ensemble. Reste que si la gauche a été prise de court sur cette question comme sur d’autres c’est qu’elle est confrontée à un problème de fond et pas seulement stratégique : il lui faut reconstruire un projet de transformation sociale qui n’emprunte ni au libéralisme ni au productivisme, un projet d’émancipation humaine croisant enjeux social, écologique et démocratique. Vaste programme.

COMMUNISME ET ECOLOGIE N° 8

Voir le site "Villes, territoires et développement durable" du PCF

23:10 Publié dans Articles de presse | Lien permanent