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dimanche, 29 juillet 2007

Il rêve d'un partenariat entre chasseurs et ornithologues. Du fusil à la photo, par amour des oiseaux.

NORD LITTORAL, dimanche 30 juillet 2007

Portrait d’un chasseur reconverti à l’ornithologie

Un ornithologue chasseur d’images  

170d57a8ac2e574c31dec1f8e517c977.jpgPendant 35 ans, Philippe Hochart fut un chasseur soucieux de « respecter l’homme et la nature sans opposer l’un à l’autre ». Il a aujourd’hui rengainé son fusil pour se consacrer à une nouvelle passion : l’ornithologie

     Philippe Hochart n’a jamais vraiment quitté la campagne de son enfance. Elevé près de l’étang du Colombier Virval, cet agent EDF de 53 ans sait qu’il est vain de chasser le naturel : jeune marié il y a 35 ans, sa nature natale l’a rattrapé au galop.  

     « La campagne me manquait, » explique-t-il simplement. A 20 ans, Philippe obtient le permis de chasse. Dans les marais de Guînes ou de Guemps, il retrouve un milieu qu’il aime et s’attache à entretenir. La chasse, pour moi, c’était naturel. C’était le plaisir de la capture et le plaisir de la table avec inévitablement un regret, une fois l’oiseau tombé, de ne plus le voir voler ». Mais pour Philippe, le gibier d’eau est plus qu’une proie ou un mets. « Je souhaitais aussi m’investir dans la préservation et l’amélioration du territoire hors saison. Je ne cherchais pas les grandes chasses ni les grands tableaux. »

Du fusil à la photographie

     Sa passion, la chasse, est cependant en proie à de féroces critiques. Philippe ne peut se résoudre à la voir attaquée : il décide de s’engager. « J’ai essayé de militer dans des associations de défense de la chasse. L’objectif était d’expliquer au public que la chasse n’était pas contraire à la protection de l’écosystème. » Adhérent au syndicat national de la chasse, certaines idées politiques lui déplaisent et Philippe ne s’y retrouve plus. L’homme croit à l’écoute et au dialogue plus qu’aux rejets et aux extrémismes.

     Ses envies d’échanges le mènent sur internet, sur les listes de discussion ornithologique. « Chasseur, j’étais souvent mal perçu par ce milieu. On m’envoyait paître régulièrement », se souvient-il. Tenace, Philippe se noue d’amitié avec des ornithologues, dont il découvre la passion. « Jusqu’alors, je ne les connaissais qu’au travers de leur opposition systématique à la chasse. Je les voyais sous le visage de manifestants, d’opposants qui voulaient supprimer ma passion. Or, nous nous sommes découvert des positions communes »  

     Peu à peu, Philippe regarde d’un œil nouveau les roseaux qui l’entourent. Il baisse son fusil, observe les gorgebleues, écoute le chant aigu des cisticoles des joncs. « Je continuais à chasser, mais beaucoup moins, confie-t-il. Une nouvelle passion s’ouvrait à moi. »

Des passionnés qu’un tir sépare  

     Philippe veut en savoir plus. Il achète des ouvrages ornithologiques et commence à mettre des noms sur les habitants de son marais. Il découvre la digiscopie, qui lui permet de photographier les oiseaux dans leur milieu sans les déranger et d’échanger ses photos sur internet Celui qui confesse une affection particulière pour les passereaux s’inscrit ensuite à un stage de baguage d’oiseaux, à Audinghen. Je faisais exception à ce stage, venant du monde de la chasse. Malgré quelques réticences de départ, on m’a ouvert la porte car je voulais sincèrement m’informer. »fea0b33c74bf76113ce9b45bb9149274.jpg

     Philippe a aujourd’hui rengainé son fusil et se consacre à un nouveau défi : lever les barrières de l’incompréhension mutuelle, source de confrontation. « Je n’ai jamais compris l’opposition du chasseur et de l’ornithologue. Ce sont tous deux des passionnés que beaucoup de traits rapprochent, jusqu’aux secondes précédant le tir. »  

     Ce chasseur reconverti, intarissable sur ce qui lui tient à cœur, plaide pour un partenariat chasseurs-ornithologues. « Le chasseur est un des derniers remparts pour défendre et entretenir les zones humides.Je préconise aux chasseurs de connaître davantage le milieu dans lequel ils évoluent pour pouvoir le faire vivre. » Le bon chasseur ? « C’est celui qui se pose la question et se projette dans l’avenir, au-delà des dates de chasse. Il dénonce les abus tels que la chasse à la tourterelle au printemps, en pleine période de nidification. De l’autre côté, les ornithologues doivent apprendre à connaître le chasseur car ce dernier détient à lui seul environ 90% des zones humides. A eux de reconnaître le travail de protection du chasseur et de partager ses connaissances pour entretenir le dialogue. »

e240a86d44da461b66a78302c3035d26.jpg     Pour avancer dans la réconciliation des deux parties, Philippe a récemment organisé un séjour ornithologique à Merlimont. Le stage a notamment permis à 17 agents EDF de s’entretenir avec un chasseur qui les a reçus dans son marais, chose exceptionnelle. Preuve qu’il est au moins possible de s’écouter mutuellement malgré, malgré les troubles de l’actualité. « Je lisais récemment que le Groupement ornithologique et naturaliste du Nord Pas-de-Calais (Gon) se portait partie civile en justice contre un jeune chasseur qui avait sans le savoir tué une alouette Lulu, commente Philippe Hochart. Le chasseur doit certes payer, mais le Gon aurait dû proposer une formation ornithologique plutôt qu’une suspension pure et simple du permis. »  

     Prévenir plutôt qu sévir, pour qu’un mal chasse l’autre. Philippe croit au rassemblement des bonnes volontés, car « tout le monde y gagnera, à commencer par la nature. »

Anne ANDLAUER

10:25 Publié dans Articles de presse | Lien permanent