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mercredi, 18 juillet 2007

Vélib’ : l’ambi...cyclette, par Philippe Ladame

La réaction des Verts (ou plutôt la discrétion qu’ils affichent) au succès du lancement de l’opération Vélib’ peut légitimement étonner.

« C’est un bonheur, les gens sont heureux, ça fait plaisir, » s’est réjoui Denis Baupin, adjoint Vert au transport à l’issue des premières 24 heures de mise en service des Velib’, le week-end du 14 juillet 2007.

Pas de communiqué des porte-paroles Verts, cependant. Pas de dossiers sur la question ni sur le site Vert national, ni sur celui des Verts de Paris.

Pourtant avec 13.000 abonnements souscrits avant même le jour J, avec quelque 3.600 locations/heure le jour de l’inauguration, avec 50.000 utilisations dans les premières 24 heures de fonctionnement, tout cela sans accident notable, on peut penser que les augures sont favorables.

Rien ne devrait s’opposer au déploiement du système qui compte actuellement 10.500 vélos répartis dans 750 stations et devrait compter d’ici la fin de l’année, 20.600 vélos basés dans 1.451 stations, soit environ une tous les 300 mètres, pour satisfaire les 200.000 usagers réguliers escomptés.

Ce succès annoncé, c’est la perspective de tonnes de CO2 en moins, c’est la possibilité d’une remise en cause de la logique du "tout pour la bagnole", c’est même l’espoir de gens en meilleure santé.

Pourtant, les réactions chez les Verts sont assez ambivalentes. Si Denis Baupin, père du projet, se réjouit, certains de ses camarades sont moroses. L’un se désole de compter toujours aussi peu d’emplacements pour garer les vélos ordinaires. Un autre considère que tout reste à faire pour garantir le respect des cyclistes. Ici on s’inquiète du développement du recours aux deux roues motorisés. Là on regrette que le système Vélib’ implique quand même de nombreux déplacements en camionnettes. Sur le site Vélorution les militants de longue date de la bicyclette annoncent même, pleins d’ironie, que les « vélos sous-marins de l’Empire publicitaire, viennent de prendre possession de Paris. »

Ceux-là regrettent visiblement que le choix n’ait pas été fait de s’appuyer plutôt résolument sur les associations, de s’engager dans une baisse générale obligatoire de la vitesse. Et surtout, ils n’oublient pas le côté obscur de l’opération.

Le Moniteur Expert le rappelle dans un article récent. L’opération Vélib’ se réalise dans le cadre du renouvellement du contrat sur les panneaux publicitaires qui lie la société Decaux à la ville de Paris et qui oblige l’annonceur à mettre en place, à ses frais, le système de vélos en libre-service. Un système auquel il doit consacrer de « 80 à 90 millions d’euros », alors que la ville percevra les recettes.

Contrepartie ? « Les panneaux seront désormais déroulants donc même s’il y en a moins nous augmenterons notre chiffre d’affaires », explique M. Asséraf, dirigeant de JCDecaux. Autorisé à installer des panneaux qui présenteront successivement 4 affiches et seront éclairés, l’annonceur pensent doubler son chiffre d’affaires annuel (60 millions d’euros au lieu de 30 actuellement).

Et puis, fort de ce contrat et de cette expérience, l’entreprise, qui se présente désormais comme le numéro un mondial du vélo en libre-service, entend poursuivre son expansion à l’étranger (où elle réalise déjà 70% de son chiffre d’affaires).

Ces vélos, dessinés par JCDecaux, assemblés par le français Mercier en Hongrie, équipés de pneus allemands et de dérailleurs japonais, et « recyclables à 99% », sont « un concept qui s’exporte », se félicite M. Asséraf.

On comprend que le montage laisse un goût d’amertume à ceux qui souhaitent développer le vélo, sans développer la pub et conforter un empire privé, et qui auraient de beaucoup préféré la mise en place d’un service public assuré par des entreprises de l’économie solidaire, par exemple, ou l’appui résolu aux associations qui oeuvrent pour une utilisation plus facile et plus sûre du vélo personnel.

Mais, côté mairie de Paris, les promoteurs de l’opération ne regrettent pas leur choix. « Par son effet massif, ce projet va permettre à tous de comprendre que l’automobile en ville n’est pas le seul modèle », explique Denis Baupin. « L’avenir des déplacements dans les grandes agglomérations, c’est la diversité. Il faut que le citadin puisse choisir entre le métro, le taxi, sa voiture, le vélo, le tram et même, demain, les navettes fluviales, » affirme Bertrand Delanoë, maire de la capitale.

L’un et l’autre, à l’évidence, espèrent de la dynamique multimodale que devrait favoriser Vélib’ un abandon progressif et naturel de la voiture, dont découlera « une autre manière de vivre la ville : plus libre, plus sereine ». Le choix, pour ce faire, d’un partenariat public-privé était une possibilité. Il sera intéressant d’en tirer le bilan.

 

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